Rachel-Alouki Labbé

Depuis toute petite je me promène avec des appareils photos, une caméra super 8 et raconte des histoires à travers mes images. Je me suis rendue rapidement compte que les Premières Nations du Québec étaient méconnues des non autochtones…  L’idée de sensibiliser les gens d’une façon positive sur mon monde m’est venue naturellement depuis ce jour, et surtout depuis le conflit à OKA-Kanesatake où j’ai grandi bien que ma mère soit Abénakise.  Je ne rêve à rien de moins images par image  à découvrir et faire  découvrir le monde d’où je viens. Je m’amuse à semer partout dans la province la passion pour la création de films et je parle, avec sensibilité, des différentes communautés autochtones que je connais et surtout la condition des femmes et des enfants.  À travers mes films, je cherche à faire taire les préjugés et surtout à mettre en valeur et à faire connaître la force des Premiers Peuples. À mes yeux, le rapprochement passe par la connaissance mutuelle. Il faut prendre le temps d’apprendre à connaître les autres, leur culture, leur réalité. C’est en les comprenant qu’on peut accepter les différences et les ressemblances.

J’ai réalisé plusieurs documentaires en territoire autochtone diffusés sur APTN, Radio-Canada, CBC et Canal vie. J’ai réalisé deux films à l’étranger sur la condition des femmes et des enfants, ayant comme thématique ; Naître, vivre, survivre et mourir dans un endroit illicite à la vie. C’est ainsi que je me suis retrouvée dans un camp de réfugiés à faire mon film Les enfants de la nuit qui a été diffusé dans les festivals , à TV5 et TV5 monde ainsi qu’en Europe. Le deuxième sur ce thème a été celui que j’ai fait à la frontière du Mexique à Ciudad Juarez, la cité des mortes, ville qui n’a pas de pitié pour ses femmes. Il a été fait principalement chez les  femmes autochtones qui viennent du Sud qui vivent les pires atrocités humaines possibles à Ciudad Juarez…  Mon film s’appelle Désert de croix.

Pour le compte de la télévision, j’ai réalisé pendant plus de 6 ans l’émission « Quand passe la cigogne », qui est diffusée sur Canal Vie, en plus de participer aux tournées de la Wapikoni mobile et être formatrice pour l’émission La course de la grande Tortue diffusée à APTN et Canal D.  Je dirige ma maison de production Alouki films Projeks depuis maintenant 8 ans.  Mon avant dernier film documentaire « Les enfants de la nuit », tourné en Ouganda m’a valu le Prix TÉLÉDIVERSITÉ remis à TVA en mai 2008, ce prix est attribué à un individu ou à un organisme ayant contribué de façon remarquable au développement et à l’intégration des communautés culturelles dans les médias.

Je viens de terminer la série de documentaires artistiques « Indiens dans la ville » qui est  présentement en diffusion et a été réalisé dans 4 villes Canadiennes, cette série es présentée à APTN en différentes langues autochtones depuis septembre 2010. Je l’ai fait avec la collaboration de Sylvain Rivard comme réalisateur.  Nous faisons le tour des villes à la recherche d’œuvres d’art autochtones ou qui met en scène des autochtones.

Projets d’arts médiatiques actuels et en route

Je travaille présentement au développement de deux long-métrages fiction autochtones indépendants grâce à l’appui de Téléfilm Canada : « Place aux histoires autochtones ». Le premier film qui se fait en collaboration avec Dave Jenniss à la scénarisation est une histoire d’actions intrigantes et rocambolesques pour jeunes qui se passe dans les communautés autochtones du Québec.  Pour le deuxième qui est en phase un de l’écriture,  Je raconte l’histoire de Kanehsatake vue par une fillette et des jeunes devant les barricades, ce film s’appelle « Kanehsatake, mon amour ».

Je suis entrain de monter un centre  autochtone professionnel pour les arts médiatiques avec la collaboration d’Alanis Obomsawin (ONF) et le CEPN. Le centre a pris racine à Odanak et s’appelle Tewekan Vision.

Mon film « La face cachée de la lune »  est maintenant en route. La face cachée de la lune est un film documentaire intime sur la condition des femmes lesbiennes à travers 5 pays, 5 portraits, 5 tableaux qui prend racine ici même, sur l’Île de la tortue, chez nous les Premières nations du Canada.  Depuis la nuit des temps, les femmes homosexuelles existent et existaient à grande échelle dans plusieurs civilisations avant l’arrivée des religions  et le colonialisme de plusieurs populations.  ll était tout simplement naturel d’avoir des couples de femmes homosexuelles et des couples d’hommes homosexuels  dans différentes parties du monde.  Ces personnes étaient parfois même vénérées et on les traitait avec beaucoup de respect, elles étaient considérées comme très spéciales et on leur attribuait plusieurs dons.   La face cachée de la lune traitera ici de l’aspect féminin, des lesbiennes, (aussi nommée Queers) exclusivement.  Phénomène maintenant tabou dans plusieurs parties du monde et considéré encore comme une maladie mentale. Ici, dans nos communautés, nous appelons ces femmes et hommes homosexuels; Les Two spirits/ les bispirituelles. Très souvent, elles étaient les visionnaires, des guérisseuses, des sorcières de la communauté. Les femmes bispirituelles étaient respectées en tant que parties vitales des sociétés de nos ancêtres. C’est un fait reconnu que de telles personnes existaient : des hommes qui s’habillaient comme des femmes et qui prenaient des époux, ainsi que de grandes femmes guerrières qui prenaient des épouses et qui portaient l’arc.

La réalisation indépendante et personnelle fait de plus en plus partie de ma vie, de ma façon de travailler, en fait c’est devenu une priorité pour que ma voix et celles des autres soient entendues dans censure. Pour que mon propos reste intègre et intact. C’est rendu mon unique condition : faire un film indépendant.   C’est la façon dont je fonctionne aussi lorsque je voyage et que je souhaite parler d’un sujet ; je préfère aller directement aux gens et passer par des associations sans lien avec les gouvernements. Je sais qu’au bout du compte, les propos seront plus vrais et ne seront pas tronqués par la vision parfois oppressante d’un gouvernement. Je veux continuer de m’impliquer pour la reconnaissance de nos droits par le biais de film ou tout simplement comme membre d’une association autochtone. Nous avons réussi à prendre la parole avec nos films, il ne faut surtout pas lâcher. Avoir le courage de nos idées..

Alanis Obomsawin  a maintenant 80 ans et  tourne toujours ses films. Elle reste une battante et est  une très grande inspiration pour moi…

Expérience globale>

La condition des femmes et des enfants me préoccupe au plus au point dans les communautés et à travers le monde.  Les derniers films fictions que je produis en témoignent, ils serviront d’outils pour Femmes autochtones du Québec et Le conseil de la santé et services sociaux des premières nations et SOS violence conjugale.  Je fais partie du Conseil d’administration de Violence Conjugale et aussi du conseil d’administration international de l’organisation « Urgent action Funds for women qui donne des fonds aux femmes prises avec des problèmes de violence engendrés par des conflits politiques et sociaux.    Dénoncer, donner une voix à ceux qui en ont le plus besoin… Afin de leur donner accès à la dignité et aux droits humains.  Ces expériences de vie qui sont hautes en émotions m’amènent véritablement à me dépasser… dépasser ma petite personne et penser plus globalement !